Réseaux sociaux et recrutement : les lignes bougent

Le 28 février 2013, le cabinet Sirca Executive Search organisait une matinée d’échange, en partenariat avec l’agence Quatre Vents, autour du recrutement et des réseaux sociaux. De réseaux qui changent, en partie, le métier de recruteur.

Cette fois c’est sûr, ils sont là ! Les réseaux sociaux ne quitteront plus le paysage des RH et du recrutement avant longtemps. « Il faut être sur ces plateformes, confirme ainsi Jean-Noël Thiollier, directeur emploi, reconnaissance et image employeur chez Disneyland Paris. Elles facilitent le sourcing et le recrutement transfrontalier à moindre coût. Et si je n’y suis pas, je suis un peu ringard. » En particulier auprès de la cible des 20-35 ans. Et quand on souhaite toucher cette population, « on est dans l’obligation de se former à ce mode de recrutement », ajoute Malika Bouchehioua, directrice des ressources humaines et des relations sociales de la direction du réseau logistique du courrier au groupe La Poste. Reste à agir avec méthode et en fonction de ses objectifs et de sa culture d’entreprise. Une entreprise comme Disneyland Paris, qui recrute notamment de nombreux saisonniers chaque année, ne fera pas l’économie de Facebook. En revanche, chez Jones Lang LaSalle qui recrute des personnes confirmées dans le secteur de l’immobilier d’entreprise, LinkedIn et Viadeo sont privilégiés. 

Aligner ses pratiques 

Et l’adaptation n’est pas toujours facile. « Les réseaux sociaux viennent repositionner le candidat. La relation est plus équilibrée entre l’offreur et le demandeur, constate Jean-Noël Thiollier. Les candidats peuvent parler de nous, de l’expérience vécue à travers le process de recrutement. Nous avons intérêt à nous aligner. » Un alignement entre les pratiques et le discours, pour répondre à ce qui pourrait devenir un adage : "Ce qui se fait dedans se sait dehors". 

Les RH doivent donc adapter leurs compétences. Au programme : marketing, communication et réseaux sociaux. « Ne pas travailler avec la communication quand je représente une marque comme Disney, présente dans l’imaginaire collectif, serait une aberration, soutient Jean-Noël Thiollier. Sans oublier que nous avons 6 jeunes community managers dont le métier est de gérer notre e-réputation ; c’est enfin l’avènement des jeunes qui savent et nous expliquent. » 

Des profils moins réactifs 

« Traditionnellement, je suis dans une position très conforme aux standards : je publie une annonce sur le papier et le web, j’attends les retours et sélectionne ou j’appelle un cabinet pour confirmer mes choix, témoigne Malika Bouchehioua. Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans cette optique. Nous adoptons une position de chasse, notamment sur les réseaux sociaux, avec une expertise que l’on déploie au sein de la filière RH. » 

De son côté, Jean-Christophe Trastour, DRH chez Jones Lang LaSalle adopte encore une autre position. Il explique : « J’ai pris les réseaux sociaux au sens premier, comme membre. C’est-à-dire que j’approche les candidats en mon nom plutôt qu’au nom de l’entreprise. Je leur explique que j’ai entendu du bien d’eux – nous avons toujours beaucoup fonctionné sur la cooptation – et que j’aimerais les rencontrer pour échanger plus largement. » Mais le DRH reconnaît que les choses bougent (vite) sur ces réseaux. Les postures changent avec la généralisation des usages, certains profils se révèlent moins réactifs car plus souvent sollicités. Il appuie : « Ils vont voir qui vous êtes, se renseigner sur l’entreprise, ce qui nous oblige aussi à retravailler nos pages entreprise. » 

Ne pas oublier les outils traditionnels 

Et les intermédiaires de l’emploi dans tout ça ? Les réseaux sociaux auraient-ils rendus le recrutement si facile, si accessible, qu’ils n’auraient plus grande légitimité ? Pas exactement… « J’ai toujours besoin des cabinets pour mener des assessments, pour toucher des populations que je ne connais pas bien », reconnaît Jean-Christophe Trastour. Sans oublier que les réseaux sociaux représentent « un moyen complémentaire et non exclusif », selon Malika Bouchehioua. En ligne de mire : les relations écoles (forums, rencontres, interventions en amphithéâtre, etc.), les sites emploi et… les cabinets de recrutement ! Xavière Phisel, consultante associée chez Sirca Executive Search, ajoute : « Le recrutement reste un acte crucial, déterminant et les conséquences d’un mauvais recrutement demeurent très dommageables pour une entreprise. Les réseaux sociaux impactent le sourcing. Mais le recrutement, c’est aussi savoir définir une culture d’entreprise, une fiche de poste, savoir convaincre les candidats que telle entreprise est faite pour eux. Les réseaux sociaux ne représentent qu’une partie de ce que l’on peut proposer. »